• Daniel Charneux

Adieu Bruno

L’envers et l’endroit Je le sais se joignent comme La mort et la vie – Mais il est triste de voir Un ami gagner l’envers.

Par ces vers, la moniale zen Teishin évoque la mort de son ami Ryôkan. Ils évoquent la fatalité de la mort, le fait qu’elle est inséparable de la vie, et la tristesse, pourtant, qui nous étreint quand nous perdons un être cher. Mon ami Bruno Cougneau a perdu sa bataille contre le cancer hier à 21 heures. Le roseau plie, le chêne rompt, dit la fable. Bruno ne pliait pas. Fort comme un chêne, il s’est brisé hier soir, vaincu par le mésothéliome. Quand un grand chêne s’abat, ça fait du dégât dans la forêt de l’amitié. Les hommages affluent sur les réseaux sociaux, saluant unanimement un homme exceptionnel. Je voudrais évoquer ici cette figure bien connue de notre challenge, et un ami de quarante ans. Bruno a commencé à courir en 1979. Il évoquait ainsi ce retour au sport, dans une interview recueillie en 2017 par Daniel Palumbieri : « J’avais arrêté le sport depuis quelques années. Je ne faisais plus rien, je fumais quasiment mes deux paquets de cigarettes quand Jules Cougneau, mon petit cousin, m’a initié à ce sport. La première fois que nous sommes partis courir, on est allés au Caillou-qui-bique, il m’a fait faire 7,5 km. J’ai cru que j’allais mourir : je suis revenu le soir, affalé dans le fauteuil en tremblant. C’était pour moi un effort beaucoup trop violent, je n’étais pas du tout habitué. Deux semaines plus tard, je suis reparti avec Jacky Ruelle. Ce dernier m’a fait courir 15 km à Angre. Rebelote le soir : peignoir, divan et tremblements ! » J’ai rencontré Bruno l’année suivante, au printemps 1980, par l’intermédiaire de ses cousins Jules et Didier Cougneau. Avec lui, pendant plusieurs décennies, j’ai couru des milliers de kilomètres sur les routes du Haut-Pays. J’habitais à Autreppe, lui à Erquennes. Nous partions chacun de notre côté à la même heure, nous nous rencontrions à Fayt, courions ensemble puis chacun rentrait au bercail. Ensuite, j’ai déménagé pour Dour. Nous nous rencontrions alors aux alentours de la place de Blaugies. Le lundi, nous nous retrouvions à 18 heures au bureau de poste d’Angre, chez Jacky Ruelle et son épouse Andrée. Toute une équipe de fidèles qui constituèrent bientôt le team « Honnelles Jogging ».


Bruno ne resta pas bien longtemps « affalé dans le fauteuil en tremblant ». Il courut rapidement un 10 km entre 35’ et 36’. Il était taillé pour l’endurance. Le voici aux 10 miles d’Eugies, le 15 août 1982.


Dès 1979, il s’affilie à Dour Sports. C’est le début d’une longue histoire. Nous sommes rapidement tentés par le marathon. Nous disputons le premier le 14 juillet 1983 à Saint-Amand. Bruno, qui manquait d’entraînement, réalise déjà 3 h 02’.

Bruno et Daniel au marathon de Saint-Amand en 1983

Il progresse rapidement. Je conçois les plans, nous les suivons ensemble. Bruno, qui travaille à Bruxelles (départ à 5 h 30, retour vers 17 h 30), s’entraîne avec acharnement. Je me souviens qu’en 1988, nous avons aligné 41 jours d’affilée, avec des semaines à 150 km… Il réalisera 2 h 33’ à Echternach, s’alignera aussi sur de célèbres courses de montagne : Sierre-Zinal, Marvejols-Mende… Dans les années 80, Dour Sports est englobé au sein de l’EAH (Entente Athétique du Hainaut). Les installations se dégradent et sont incendiées en 1989. Un quatuor décide alors de relancer le club : Carlo Di Antonio, Jean-Michel Carton, Bruno et moi. En 1990, naît le nouveau Dour Sports, matricule 448 (nous avons dû céder le 359 à l’EAH). Bruno sera son président pendant dix ans. Cette année-là, un team de dix coureurs remporte le tour de Belgique : 1000 km en relais, en trois jours, en 50 étapes de 20 km. 1000 km en 61 h 47’, à 3’42 de moyenne au km !