• Daniel Charneux

Grand Prix des Sylves à Dour : la Doyenne


La Doyenne, en cyclisme, c'est le surnom que mérite amplement Liège-Bastogne-Liège, une épreuve organisée depuis... 1892 !

Parmi les courses qui figurent au calendrier des Belles du Haut-Pays, ce titre revient au Grand Prix des Sylves à Dour, né, plus modestement, en 1981.

Il faut dire que la mode des courses pédestres sur route est apparue bien plus tardivement que celle des courses cyclistes, soit au tout début des années 80. C'est ainsi que la référence belge, les 20 km de Bruxelles, connaîtra cette année sa trente-huitième édition, contre 37 pour nos Sylves.

À l'époque, il est vrai, la course à pied se concevait surtout au sein des clubs d'athlétisme, l'hiver en cross-country, l'été sur piste (à l'exception du marathon). C'est sans doute l'ADEPS qui favorisa, dans un but de santé publique, la course sur route, « sport pour tous » qui réunissait, notamment dans les « allures libres » du dimanche matin, Monsieur et Madame Toutlemonde, un peu dans l'esprit actuel de l'opération « Je cours pour ma forme ».

Généralement, les meilleurs (et pas seulement) étaient affiliés à un club d'athlétisme. Les Dourois, à Dour Sports, fondé par Jean Moins en 1964. Mais la plupart étaient aussi inscrits à l'Union Jeunesse et Vétérans de Dour, un cercle travailliste que dirigeait Jean Boulard.

Le site de la F.B.F.A.T. décrit les origines de cette fédération qui œuvra pour le développement du sport dans le monde du travail : « L’athlétisme fit ses premiers pas sous l’égide de la Fédération Socialiste de Gymnastique durant les premiers mois de l’année 1921. En 1974, la Fédération ouvrière d’Athlétisme cède la place à la Fédération Travailliste de Marche et d’Athlétisme de Belgique, au vu de l’extraordinaire engouement populaire pour cette activité qu’est la marche. Enfin, en 1987, la F.T.M.A.B., change à nouveau de dénomination et s’appellera dorénavant la Fédération Belge Francophone d’Athlétisme du Monde du Travail, nom qu’elle possède toujours actuellement. »

La première édition du Grand Prix des Sylves de Dour se disputa le premier mai 1981. Qu'une épreuve travailliste se déroule le jour de la fête du Travail, quoi de plus normal ? Quant à son nom très littéraire (les Sylves évoquent les forêts – du latin Sylvas – donc les bois de Saint-Ghislain et Colfontaine traversés par le parcours), il reflète l'amour de Jean pour les mots : il ne manquait jamais de joindre au classement un éditorial particulièrement bien rédigé. Mais la plupart d'entre nous n'employions pas cette expression. Nous disions simplement : « Le premier mai ». « Tu cours le premier mai ? » ne portait pas sur une date, mais sur une épreuve. Et il pouvait arriver de dire en mars ou en octobre : « Hier, j'ai couru le premier mai. »

Lors des dix premières éditions, le fondateur et principal organisateur, Jean Boulard, mit un point d’honneur à ce que chaque participant reçoive un beau souvenir : une assiette décorative évoquant la course. La dixième, offerte en 1990, représente malheureusement Jean lui-même, qui venait de décéder. Il nous adresse un signe de la main, nous salue d’un sourire.

Le Grand Prix des Sylves réunit toujours, chaque premier mai à dix heures, aux alentours de la place Verte, les amoureux de cette classique. Une année (en 1996, selon Renild Thiébaut, qui a disputé toutes les éditions !), l’organisation fut annulée mais une soixantaine de nostalgiques accomplirent tout de même le parcours, sans classement, sans récompenses. Quelle autre course provoquerait un tel mouvement de sympathie ? Le tracé originel, depuis 2014, fut quelque peu modifié mais l’épreuve va connaître sa trente-septième édition, ce qui ne peut que réjouir, au paradis des coureurs à pied, notre ami Jean Boulard.

Je me souviens que chaque lundi, depuis 1980, nous nous réunissions à 18 heures chez Jacques Ruelle, à la poste d’Angre. Avec Stanis Gasparri, Jean-Pierre Leersnyder, Didier Cougneau, Bruno Cougneau et quelques autres, nous avions créé un petit club non affilié, Honnelles Jogging. Après l’entraînement, nous nous réunissions autour d’une tasse de café et d’un verre d’eau. Le premier lundi de l'année, nous offrions un cadeau à la maîtresse de maison qui nous accueillait chaque lundi, Andrée, l’épouse de Jacques que chacun appelait Jacky. Jean Boulard, l’organisateur du Grand Prix des Sylves, était souvent de la fête, qu’il égayait de son accordéon.

Le superbe parcours de 15 km alignait quatre côtes : la rue Pont à Cavains dès l’entame du 2e km, la terrible rue du Rossignol au 5e, la montée vers le rond-point central du bois de Colfontaine au 8e et la remontée de la rue Cauderloo au 11e. Mieux valait ménager sa monture ! Le tracé actuel suit, en bonne partie, le précédent, mais la rue Pont à Cavains est remplacée par la rue de l'Enfer et la partie « bois de Colfontaine » est écourtée, ce qui ramène la distance à 14 km.

Dès la première édition, Jean-Marie Cambier du MOHA frappait un grand coup, l'emportant en 50'42 devant Jacques Dagrin (51'25). La plupart des vainqueurs, durant les années 80, descendraient sous la barre des 51' (soit moins de 3'24 au km...)

En 1983, le Shapien Graham Good réalisait 50'47, devançant le régional Ghislain Stiévenart et notre ami Renild Thiébaut (toujours présent en 2017) qui, avec 52'24, réalisait son meilleur temps. Un peu moins de 3'30 au km. Donc moins de 49' sur le nouveau parcours...

Le 1er mai 1986, pour la sixième édition, (j’avais disputé toutes les précédentes), j’étais bien disposé à frapper un grand coup « dans mon jardin ». Je valais sans doute moins de 51’ (les deux années suivantes, je réaliserais 50’52 en 87, 50’53 en 88). C’était compter sans le rythme démentiel imprimé dès le départ par deux « vieux de la vieille », Willy Devos et Jean-Claude Dessort (qui avait été champion de Belgique junior de cross en 1974 et qui effectuait un grand retour) et un relativement « nouveau » dont on reparlerait, Mati Hamoumi. J’avais suivi leur tempo jusqu’au bas de la côte du Rossignol avant d’« exploser » : 2’58 au 1er km, 6’18 au 2e, 9’43 au 3e, 16’16 au 5e. Puis, j’avais été repris par une bonne quinzaine de coureurs pour terminer 21e sur 318 en 55’ juste (un temps déjà réalisé lors de la première édition en 81).

En 1988, mon temps de 50'53 m'assurait... la quatrième place derrière le regretté Claude Lupant (50'50), Mati Hamoumi au sommet de sa forme (50'29) et surtout l'intouchable vainqueur Carlo Di Antonio, seul athlète à descendre sous les 50' sur ce parcours, et de quelle manière : 48'38 ! 3'14"5 au kilomètre ! Cette année-là, Bruno Cougneau m'avait demandé quels temps de passage il devrait réaliser pour courir en 53'30. Le 25 avril, soit huit jours après le marathon de Rotterdam et six avant que je réalise 50'53, je m'appliquai donc, pour rendre service à mon vieil ami, à effectuer le circuit en 53'15, notant mentalement mes temps de passage : 3'32 au km, 7'13 au 2e, 17'25 au 5e, 24'50 au 7e, 26'15 au « rond-point central » du bois, 31'30 au pavillon des Chasseurs, 42'25 au 12e km, 46'15 au garage Fayt. Bruno suivit mes conseils à la lettre et termina en 53'29...

En 1989, je réalisai mon meilleur classement : deuxième en 51'43, derrière l'inaccessible Carlo Di Antonio (50'16).

En 1990, le 13 mars, j'avais bouclé le parcours, à l'entraînement, en 53'14 (passant au cinquième km en 17'14). La forme était là, Carlo moins bien... Le premier mai, j'étais bien décidé à l'attaquer. Nous sommes passés à deux au cinquième km en 16'05... avant d'exploser dans la côte du Rossignol. Carlo arrêta les frais, je terminai en 54'10, une minute moins vite qu'à l'entraînement...

J'arrête là l'énumération de mes souvenirs d'ancien combattant mais voudrais présenter pour terminer un récapitulatif, réalisé à l'époque, des meilleures performances au terme des neuf premières éditions. L'examen des temps réalisés par quelques vétérans (pour rappel, sur 15 km) est assez impressionnant. De même, chez les dames, le record revient à Anne-Marie Scoubeau – encore rencontrée la semaine dernière à la Transfrontalière – en 61'02, soit 4'04 au km.

Trêve de bavardage, il vous reste à chausser vos Nike ou New Balance et à partir à l'assaut de ces temps d'autrefois. Je paie un verre à qui battra le record de Carlo !

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